dimanche 25 octobre 2009

Le « Capitaine Momo » fête ses quatre-vingts ans

Cet anniversaire coïncide avec la sorte de mon livre « Maurice Delignon » chez www.lulu.com. C’est l’histoire tout à fait atypique d’un jeune Français élevé à la dure dans un orphelinat, qui s’expatrie aux lendemains de la dernière guerre dans l’une de nos belles colonies avec, pour tout viatique, un simple CAP de menuisier-ébéniste et qui devint célèbre grâce à ses qualités de créateur, d’inventeur, de concepteur.
Mon avant-propos raconte comment je l’ai connu en Côte d’Ivoire.
Mes contemporains se souviendront de sa fabrique de meubles alors que l’on était obligés de se contenter du style « Louis Caisse », de la piscine Delignon devenue la piscine des Tourelles, des quatorze villas de la « Forêt de Biétry » devenue la concession Delignon, du centre équestre, le Cercle de l’Etrier, du restaurant russe le « Tania II » et surtout, surtout, de la « Baby-brousse » qui connut un énorme succès. Enfin, du sous-marin le C-105 qui fit courir les noctambules festifs d’Abidjan durant des années, puis les Parisiens par la suite. C’est tout cela qui est raconté dans Maurice Delignon et aussi le secret du nom de baptême du sous-marin qui découle d’un drame familial dont Maurice ne parle pas par pudeur mais laisse le soin à une « marinette » de le dévoiler.
L’histoire de la Baby-brousse me ramène à l’une de mes grandes frayeurs d’Afrique qu’il m’est impossible d’oublier : ce devait être aux alentours de 1952 ou 53. Nous avions été invités mon mari et moi à passer le dimanche chez des amis à Dabou qui avaient une petite savonnerie. Dabou ! … Une simple agglomération d’autochtones et de quelques Blancs représentés surtout par des commerçants libanais.
Nous étions en pleine saison des pluies. Pour cette raison, nous n’avions pas quitté nos amis trop tard en fin d’après-midi afin d’être de retour à Abidjan à la nuit tombée. Ce n’est pas que Dabou en soit très éloignée mais avec la piste et le « poto-poto », la boue, on pouvait évoquer aisément le « Salaire de la peur » le fameux film avec Yves Montand. Eh bien, c’est exactement ce qui nous est arrivé. Notre petite 2CV s’est embourbée dans le poto-poto bien gras de la piste en bordure de forêt à mi-chemin d’Abidjan. Il s’était mis à pleuvoir. Une pluie diluvienne spécifique aux tropiques et imprévisible tant la journée avait été ensoleillée.
Mon mari enlève sa chemise-veste et torse nu sous la pluie il arrache des branchages qu’il glisse sous les roues qui continuaient de patiner à chaque coup d’accélérateur. La nuit tombait. La piste était déserte. La pluie s’éternisait. C’est alors que mon mari prit la décision d’aller à pied à Abidjan chercher du secours après avoir vérifié que les portes de la 2CV étaient bien fermées. J’avais peur mais comme toujours, mon mari savait me rassurer. Je l’attendis donc patiemment, me forçant de penser à tout autre chose qu’à ma situation présente.
Une heure venait de s’écouler quand il me sembla ressentir un certain mouvement de la voiture. J’écoutai attentivement. Pas le moindre bruit. Au bout d’un moment le même mouvement se reproduisit mais cette fois de gauche à droite comme si une mystérieuse présence secouait doucement la 2CV. J’avais peur. De plus en plus peur, d’autant qu’il faisait nuit noire et que la pluie tombait avec la même force. Je sentais un danger imminent. Je recherchais comment me défendre si je venais à être attaquée. Je fouillai l’espace boîte à gants mais ne trouvai rien d’autre qu’une carte Michelin. Je pensai alors à enlever ma ceinture. Cependant elle était très large et je me demandai si elle pourrait servir à étrangler mon agresseur. En admettant qu’elle le pût, aurais-je eu le courage et la force d’accomplir ce geste ? J’en doutai quand le fait d’avoir bougé confirma ma présence dans la voiture. Une grande secousse contre ma portière m’enleva tout doute possible : on cherchait à entrer dans la voiture. Après tout, peut-être était-ce une pauvre créature qui voulait tout simplement se mettre à l’abri ? Je mis mon visage contre la vitre pour mieux explorer les alentours quand un animal se jeta sur la portière. Je ne voyais que deux billes lumineuses et une gueule bavante et effrayante. Il cognait la vitre si fortement que je craignais qu’il ne la cassât. Que faire ? Rien d’autre que de m’en remettre à Dieu pour me protéger.
Je dus subir les assauts contre la porte de l’animal de plus en plus féroce durant encore une bonne heure quand un bruit de moteur se fit entendre en dépit du tintamarre de la pluie. Puis deux phares s’approchèrent de la 2CV. Dieu soit loué, j’étais sauvée !
Mon mari arrivait dans une Land Rover appartenant à un ami libanais qui était au volant. Il sauta à terre accompagné de Maurice Delignon qui possédait des plaques d’envol perforées qui avaient servi aux avions alors que les pistes n’avaient pas encore été remises en état après la guerre.
Quand les trois hommes virent l’animal menaçant hurler de rage de ne pouvoir sortir du poto-poto, la gueule barbouillé de bave, ils décidèrent sans hésitation de l’abattre. C’est l’ami libanais qui avait toujours un fusil de chasse dans la voiture lorsqu’il s’éloignait d’Abidjan qui se chargea de l’exécution. Il s’agissait d’une « chien rouge » ainsi que les broussards appelaient ce chien-loup sauvage de couleur fauve qu’ils redoutaient tant.
Après s’être assuré que j’allais bien, mon mari aida les deux hommes à sortir la 2CV du poto-poto à l’aide d’une corde reliée à la Land Rover et des plaques de Maurice Delignon.
Il était près de minuit lorsque nous avons rejoint la maison si sécurisante. Aujourd’hui encore je n’oublie rien de mes angoisses ni de la frayeur éprouvée ce jour-là.
Je me demande parfois si cette aventure n’a pas influencé l’ami Maurice dans l’ébauche de sa Baby-brousse ! …

lundi 17 août 2009

« Une affaire macabre secoue le village du chef de l’État »

En surfant dernièrement sur abidjan.net du 6 Août 2009, je lis ce titre à la une du journal Le Nouveau Réveil : « Qui a tué “ Petit Gbagbo ? ” qu’a-t-on fait de son sexe, de sa langue, de ses dents ? »
Vous l’avez compris, cela s’est passé en Côte d’Ivoire. Il s’agit certainement encore d’un crime rituel. Déjà en 1950 lorsque je suis arrivée dans ce pays, je me souviens qu’à une certaine époque de l’année, les boys ne voulaient pas rentrer trop tard chez eux le soir tant ils redoutaient ces sacrifices humains.
Par qui étaient-ils perpétrés ? Je ne l’ai jamais su précisément. On parlait entre autres de pêcheurs qui jetaient ces organes à la mer afin que les dieux Neptune ou Poséidon les protègent, leur procurent des pêches plus abondantes, la santé pour leur bétail, leur famille, l’éradication d’une endémie etc…
Ne croyez-pas cependant que ces sacrifices qui perdurent soient uniquement l’apanage d’un petit peuple ignorant, illettré, analphabète. Non. Ces croyances sont encore bien ancrées également dans des esprits cultivés, nourris d’études supérieures, évolués, ouverts à la modernité, des esprits qui ont voyagé à travers notre planète.
J’ai quitté la Côte d’Ivoire en 2002 et je retrouve parmi des coupures de journaux qui m’avaient amusée au cours de ma vie africaine, un dessin humoristique d’un excellent dessinateur Ivoirien, paru alors dans Fraternité Matin dont la légende est celle-ci : « Vous savez tous que je suis un grand gbasseur » (féticheur). Si vous ne votez pas pour moi, je vous transformerai tous en poulets ! »

Cela m’amène à penser à l’un de mes romans « Les coupeurs de langues » que j’ai écrit alors que je vivais encore en Côte d’Ivoire.
Regardez-bien la couverture. Lisette était cachée à croupetons derrière la grosse bille de bois échouée sur la rive. Ce qu’elle a vu était si effrayant qu’elle a dû attendre que la plage redevienne déserte pour rejoindre sa « Chaumière » d’Azuretti.
Le sacrifice humain auquel elle venait d’assister était en fait perpétré par un mystérieux esprit, parfaitement dégagé de toutes ces croyances bien que lui-même rattaché à la mer, un esprit intelligent qui avait compris l’intérêt de les exploiter pour desservir un important trafic international.
Croyances ? Pas si sûr…

marinette.secco@sfr.fr