vendredi 30 novembre 2007

MES TROIS PLUS BEAUX CADEAUX DE NOEL


Le premier, je m’en souviens parfaitement, bien que plus de cinquante années se soient écoulées depuis. Oui… Nous fêtions la Navité sur la plantation d’ananas où nous nous trouvions en Côte d’Ivoire. Mon mari avait réuni tous les manœuvres autour de la crèche que j’avais confectionnée sous un palmier nain. Tous les personnages étaient en terre glaise séchée au soleil et l’enfant Jésus reposait dans une demi-noix de coco capitonnée de plumes d’un nid d’oiseaux désaffecté.

Une lampe tempête suspendue à une liane au-dessus de la crèche symbolisait l’étoile de David et revigorait l’éclairage blafard de la lune.

A minuit, mon mari entonna de sa voix de stentor les premières notes de « Il est né le divin enfant », puis tous les manœuvres, tous sans exception, chantèrent à pleins poumons pour crier leur joie d’une fête qui leur venait du ciel. Dans la vallée, tous les broussards faisaient écho. Seuls Blancs dans cette étrange atmosphère nous priions de toute notre âme le divin enfant de protéger ses créatures dont nous étions et qui se sentaient soudain si vulnérables.

La lueur de la lampe faiblissait. Avant de quitter la crèche mon mari concrétisa la fête en distribuant à chacun de nos participants aux réjouissances, l’enveloppe contenant le billet magique. Alors, ce fut une explosion de joie qui s’extériorisa par des manifestations folkloriques amplifiées par le koutoukou qu’ils buvaient sans la moindre restriction.

De retour dans notre paillote, seuls en tête-à-tête, mon mari me remit une enveloppe en guise de cadeau. A moi aussi. Un peu circonspecte, je l’ouvris et lus sur la plage blanche ces simples mots : « Mon amour, je t’aime ! »

Tout d’abord, je crus à une plaisanterie que dans mon esprit je qualifiais de goût douteux. Oui, je l’avoue, j’ai éprouvé a priori ce sentiment de peu d’élévation par rapport à ceux qui avaient guidé mon mari dans sa lettre. Cependant, j’ai très vite compris dans l’intensité de son regard toute la sincérité de son amour pour moi et j’en fus profondément touchée.

Au ponant de ma vie, seule à Noël, je sors l’enveloppe de son coffret de malachite. Le ruban rouge qui l’entourait a pâli. L’enveloppe a jauni. Le papier également. Les ans l’ont grignoté, ébarbé. Seuls, les quelques mots sont demeurés intacts.

Aujourd’hui encore, je remercie du plus profond de mon cœur mon mari pour le cadeau qui a enrichi toute ma vie.

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Cette fois, cela se passait en Suisse. Mon fils, âgé d’une dizaine d’années était pensionnaire dans un collège au fond de la vallée surplombée par la célèbre station de skis de Montana-Crans. J’avais été le chercher pour les vacances de Noël et comme nous disposions d’un après-midi avant notre départ pour Abidjan, je l’emmenai à Montana. Il y avait une atmosphère extraordinaire. En dépit des décors, des allées et venues, des rires et des chants qui sortaient de partout et de nulle part, le ciel semblait s’être abaissé jusqu’à nous pour nous rappeler que la fête de Noël était presque partout sur cette terre celle d’un petit enfant dont on attendait beaucoup de son avènement. L’avènement du Messie auquel Melchior, Gaspard, et Balthazar les trois rois-mages offrirent des cadeaux pour sa venue au monde.

C’est ce que j’expliquais à mon fils lorsque je m’arrêtai devant la devanture d’une petite boutique d’un grand joaillier parisien. J’étais émerveillée devant ces bijoux exceptionnellement beaux quand Richard se campa d’autorité devant moi et, les mains dans les poches dans une attitude d’homme, il me dit, le regard rempli d’amour : Maman, choisis le bijou qui te plait. Je te l’offre pour ton cadeau de Noël ! ..

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Enfin, il a quelque mois, un de mes livres « Les coupeurs de langues » était sur le point d’être imprimé. J’avais choisi une couverture toute simple avec seulement le titre et mon nom. Je n’étais guère satisfaite mais ma fille qui est dessinatrice, était débordée de travail et je ne voulais pas la surcharger avec le mien qui requiert, en dehors d’un talent confirmé, une analyse approfondie des textes, donc, du temps.

Je pensais néanmoins à la Lisette de mon livre. Elle, si artiste, semblait me faire des reproches. Je la revoyais en Côte d’Ivoire, seule après le départ de ses enfants et petits-enfants venus passer les fêtes de Noël auprès d’elle.

Elle était étendue sur le divan du salon, la tête bien calée par une montagne de coussins. Le lampadaire répandait une lumière douce sur son premier portrait de Homa qui lui tenait compagnie. Elle songeait en cette période de Noël au miracle que l’amour avait exercé sur cet homme idéal, tendre et attentionné, qui n’était autre qu’un baron de la drogue.

J’étais triste de la solitude de ma Lisette quand une voix compatissante et pleine d’amour me dit : « Ne sois pas triste, Maman, je vais te la faire ta couverture. Ce sera ton cadeau de Noël !

Et voilà mon livre ! Peut-être que l’amour va vous guider, vous aussi, à perpétuer avec lui la coutume ancestrale et touchante des cadeaux de Noël …

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